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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

PMA : LE MALAISE BIEN REEL DES ENFANTS NES D'UN DON DE GAMETES ANONYMES, TEMOIGNAGE DE CLEMENT

 

Clément Roussial, né grâce à une insémination artificielle avec donneur anonyme.
Clément Roussial, né grâce à une insémination artificielle avec donneur anonyme.


 Sha

TÉMOIGNAGES - La première génération d'enfants issus du don de gamète anonyme veut faire entendre sa voix.

«Nous sommes une génération d'abandonnés, orphelins de nos origines»… À l'heure où la question de la procréation médicalement assistée revient sur le devant de la scène médiatique, la première génération d'enfants issus d'un don de gamète anonyme veut faire entendre sa voix. «Nous avons à présent un recul de plus de 40 ans sur ces techniques.

 

L'ouverture de l'assistance médicale à la procréation implique au préalable le devoir impérieux de prendre en compte notre expérience, celle des parents et des donneurs», scandent les membres de l'association Procréation médicalement anonyme (PMA) qui militent pour l'accès aux origines. Un débat complexe, où se font aussi entendre des partisans de l'anonymat. «À 12 ans, j'ai commencé à avoir des doutes. J'avais du mal à trouver les ressemblances avec mon père. Lors d'une promenade au bord de l'eau, il m'a finalement confié qu'il n'était pas la personne qui m'avait fait. J'ai sauté dans ses bras. C'était un choc, mais aussi un soulagement. Avant j'imaginais un viol, une adoption», confie Clément Roussial.


Âgé de 23 ans, il étudie aujourd'hui le droit des libertés fondamentales, «influencé par mon histoire personnelle, motivé par une sensation d'injustice», reconnaît en riant ce jeune homme né grâce à une insémination artificielle avec donneur anonyme.«À l'époque, cette révélation n'a pas changé nos relations.

Un père, c'est celui qui se lève pour vous tous les matins, celui qui vous apprend à pêcher…», explique Clément, avant d'évoquer la face plus sombre de son histoire, à l'adolescence. «Je me suis mis à la recherche de mes origines. Je me suis trop accroché à la génétique. J'ai aussi eu l'impression que l'on m'avait fait signer un contrat sans que je le sache. Je suis allé voir un psychologue, puis un médecin du Cecos où j'avais été conçu. Il m'a fait miroiter mon dossier, mais je savais qu'il ne me le donnerait pas alors qu'il risquait une sanction pénale», raconte Clément.


Savoir qu'un Cecos détient le secret de vos origines génétiques, que cette identité existe, mais qu'elle vous est interdite, c'est une «forme de torture psychologique», «la partie de l'histoire impossible à accepter», s'accordent à penser tous les enfants nés d'un don membres de l'association. C'est ce principe que ces derniers veulent voir nuancer. «Nous plaidons pour la reconnaissance du droit à la connaissance de leurs origines pour les enfants, à leur majorité et avec l'accord du donneur», rappelle Audrey Gauvin, sa présidente.

«Un sentiment d'injustice»

«La connaissance de son histoire, généralement, on considère que c'est un droit. C'est une question de dignité. Pour moi, c'est le législateur qui en a décidé», soupire Thibault, 23 ans, étudiant à Sciences Po Paris. «La loi interdit même de donner accès à des données non-identifiantes, même au dossier médical du donneur si je découvre que j'ai une maladie. Pour moi, faire de la prévention, c'est impossible», souligne ce fils unique, qui a appris «presque au berceau» qu'il était né à la suite d'une insémination artificielle avec donneur.


«Nous sommes envahis par un grand sentiment d'injustice, d'humiliation. Tout nous renvoie à ce manque: la visite chez le médecin où l'on vous demande des informations médicales sur vos parents, une remarque anodine sur votre ressemblance avec untel. Il n'y a pas de limite à l'imagination, au fantasme, c'est épuisant…», renchérit Clément. Et quand vient l'amour, la question refait surface. «Je n'ai pas envie de transmettre cette part d'inconnu à mes enfants», raconte-t-il. Thibault, pour sa part, n'a pas entrepris de démarche pour connaître ses origines. Avec le passage à l'âge adulte, ce secret lui pèse de plus en plus. «Les deux interrogations qui me hantent sont celles du visage de ce père géniteur et celle de sa motivation à donner la vie, résume-t-il. C'est une souffrance profonde, existentielle. Et puis je ne sais même pas si le donneur qui a permis mon existence est vivant ou mort.»


L'association PMA rassemble aujourd'hui également des donneurs qui se lancent peu à peu dans le combat. C'est le cas d'Alain Tréboul qui a donné son sperme dès 1974 dans le cadre d'une vasectomie. «À l'origine, j'ai dit oui pour aider des couples. Maintenant, j'entends le témoignage des enfants qui se posent ces questions et je me dis que, si ça se trouve, ils souffrent de ne pas me rencontrer alors que je serais prêt à le faire, même si je ne serai jamais leur père, même si j'ai déjà une famille, explique ce grand-père de sept petits-enfants. Mais je ne vois pas pourquoi je ne leur donnerais pas une photo. Je ne suis pas spécialement curieux, c'est l'interdit qui est pénible.»

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