LIBYE : LA FRANCE ENVISAGE ENFIN DES FRAPPES AERIENNES

Publié le par Stella Vidal

 


Crédits photo : Nasser Nasser/AP

La France est devenue jeudi le premier pays à reconnaître l'organe de l'opposition au régime de Mouammar Kadhafi et souhaite des «frappes aériennes ciblées» contre la Libye.

• Paris pourrait proposer à l'UE d'intervenir

Tandis que les combats font toujours rage en Libye entre les insurgés et les forces pro-Kadhafi, Paris, Washington et Londres continuent d'étudier les moyens d'arrêter la répression. Au premier rang desquels, l'instauration d'une zone d'exclusion aérienne, qui ne fait pas encore l'unanimité. Selon une source proche du dossier, Nicolas Sarkozy veut aller plus loin et compte proposer à ses partenaires européens des «frappes aériennes ciblées», ainsi que le brouillage des systèmes de transmission du commandement de Kadhafi. Interrogé à ce sujet, l'Elysée n'a pas confirmé. «On n'en est pas là. On va déjà demander les autorisations juridiques pour empêcher l'usage de la force par Kadhafi», a-t-on indiqué, en mettant en exergue les risques de «vetos russe et chinois».


Sur le plan diplomatique, la France est devenue jeudi le premier pays à reconnaître le Conseil national de transition (CNT) libyen, qui réunit l'opposition au régime du colonel Kadhafi, comme le seul «représentant légitime du peuple libyen». L'Elysée a également annoncé l'envoi prochain à Benghazi d'un ambassadeur. La Libye a immédiatement réagi en annonçant qu'elle envisageait de rompre ses relations diplomatiques avec Paris. «Un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy», a même menacé le régime libyen via son agence officielle.


La décision française a été saluée par l'opposition libyenne, qui a demandé à l'Union européenne de suivre l'exemple. Dans la foulée, les autorités britanniques ont estimé que le CNT est un «interlocuteur valable». La chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton, a en revanche fait part de son refus de reconnaître le CNT, estimant que cette décision revenait «au Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement». L'Allemagne se montre aussi sceptique .

Une réunion des ministres européens des Affaires étrangères consacrée à la Libye est prévue jeudi à Bruxelles pour préparer le sommet spécial sur la Libye qui doit réunir le lendemain les 27 chefs d'Etat et de gouvernement. Au programme de leurs discussions : «faire en sorte que les violences contre les populations civiles en Libye cessent et qu'en tout cas la communauté internationale prenne toutes les dispositions qu'elle peut prendre».


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• Après Zawiyah, les forces de Kadhafi auraient repris Ras Lanouf

Sur le terrain, les rebelles libyens ont subi plusieurs revers mercredi et jeudi. Ils auraient ainsi battu en retraite jeudi du port pétrolier stratégique Ras Lanouf, face aux forces loyales à Kadhafi qui bombardaient la ville. Certains insurgés contestent toutefois ces informations. Des hommes réunis par l'opposition ont quitté la ville portuaire vers l'est à bord de voiture et de pick-ups, expliquant que les forces gouvernementales lançaient des roquettes et des obus de char sur la ville, sans doute avant une avancée de grande ampleur. Des obus sont notamment tombés près de l'hôpital de la ville et ont touché plusieurs bâtiments de la ville. Au moins quatre personnes ont été tuées et 35 blessées dans ces combats, selon un responsable d'un hôpital.

Selon la télévision libyenne, les forces de Kadhafi se dirigeraient désormais vers Benghazi, deuxième ville du pays, bastion des rebelles à l'Est. Des médecins sur place ont affirmé que l'insurrection avait déjà fait au moins 400 morts et 2000 blessés dans l'Est depuis le début du soulèvement mi-février.

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Mercredi soir, les forces fidèles à Kadhafi avaient pris le contrôle de Zawiyah, à 40 km à l'ouest de Tripoli, après plusieurs jours de violents affrontements avec les insurgés. Jeudi, ils ont mené dans la ville «une campagne d'arrestations» parmi les habitants. «Les forces pro-Kadhafi ont pris d'assaut des immeubles et des maisons dans la ville et ont arrêté plusieurs personnes» soupçonnées de participer à l'insurrection, a témoigné un habitant par téléphone. Zawiyah était jusque-là le bastion des insurgés le plus proche de la capitale. Des combats très violents et des bombardements y ont eu lieu ces derniers jours, mais aucun bilan n'a été communiqué.


 


• Un journalistes étranger a disparu, un autre est en prison


Le quotidien britannique The Guardian a annoncé jeudi que l'un de ses correspondants en Libye avait disparu, tandis qu'un journaliste brésilien qui l'accompagnait a, lui, été emprisonné, selon le quotidien de Sao Paulo O Estado.

Selon le site Internet d'O Estado, Andrei Netto, dont on était sans nouvelle depuis une semaine, est emprisonné quelque part à l'ouest de la capitale libyenne Tripoli. Le quotidien ne précisait pas si le correspondant du Guardian qui accompagnait son journaliste se trouvait encore avec lui. Le quotidien britannique a précisé avoir eu des nouvelles pour la dernière fois de son correspondant irakien Ghaith Abdul-Ahad dimanche, par le biais d'une tierce personne, alors qu'il se trouvait dans les faubourgs de Zaouia, ville du nord-ouest libyen théâtre de combats ces derniers jours.


Mercredi, la BBC avait déjà indiqué que trois de ses journalistes en reportage en Libye ont été «arrêtés et battus» par des soldats et des policiers libyens, et ont subi un simulacre d'exécution. Arrêtés lundi à un checkpoint à environ 10 kilomètres au sud de la ville de Zawiyah, dans l'ouest de la Libye, ils ont été conduits dans une caserne, détenus pendant 21 heures et «ont subi des agressions répétées» de la part de membres de l'armée et de la police secrète libyennes (voir le récit vidéo de leur enlèvement). La Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme Navi Pillay a indiqué jeudi que ces violences «pourraient constituer» des actes de «torture».


• Kadhafi met à prix la tête du leader de l'opposition


Le régime libyen a promis mercredi une récompense de 410.000 dollars à toute personne livrant Moustapha Abdeljalil, ex-ministre de la Justice devenu chef du Conseil national formé par l'opposition libyenne le 27 février pour préparer la transition. Dans un entretien à la presse allemande paru jeudi, ce dernier a affirmé: «s'il n'y a pas d'intervention internationale, Kadhafi anéantira notre pays». «Cela lui est égal si les gens meurent», s'est-il inquiété.

Kadhafi a lancé en parallèle une offensive diplomatique, en dépêchant au Caire un membre de son cercle rapproché. Un autre a rencontré le chef de la diplomatie portugaise, Luis Amado. Un troisième émissaire s'est enfin entretenu jeudi avec le secrétaire d'Etat grec aux Affaires étrangères.


• La production pétrolière en chute libre


La Libye ne produit plus que 500.000 barils de pétrole par jour, contre 1,6 million avant le début du soulèvement, a annoncé le directeur de la Compagnie pétrolière nationale, Choukri Ghanem. Un avion de chasse a mené une attaque à proximité de la raffinerie d'As-Sidra, près de Ras Lanouf. «Ce que nous craignions depuis le début et qui s'est produit aujourd'hui, c'est le bombardement d'installations pétrolières», a indiqué un porte-parole de l'opposition, Abdelhafez Ghoqa. Un peu plus tôt, d'importantes explosions avaient été suivies par d'immenses flammes et des boules de feu dans le ciel au-dessus de la raffinerie As-Sidra, mais le directeur de la Compagnie pétrolière nationale a minimisé l'impact des dégâts, affirmant qu'il s'agissait d'une «petite installation de stockage» de diesel. Les événements de la journée et l'incertitude sur l'avenir ont malgré tout fait bondir les prix du pétrole à Londres mercredi.


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• Les observateurs craignent «un nouvel exode massif»

 


Le Haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR) Antonio Guterres et le directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) William Swing ont fait part mercredi soir à Tunis de leurs craintes de voir «un nouvel exode massif» de réfugiés vers les frontières de la Libye en raison des combats dans ce pays.


Ils ont justifié leur inquiétude par la baisse sensible du flux de réfugiés, qui a chuté de quelque 15.000 personnes par jour à moins de 2000 ces derniers jours à la frontière avec la Tunisie. Guterres a implicitement attribué cette baisse au «contrôle devenu effectif» des passages frontaliers par les autorités libyennes. Les besoins de l'ONU et de ses partenaires ont été estimés à 160 millions de dollars (115 millions d'euros) pour aider au cours des trois prochains mois les populations qui ont fui la Libye vers la Tunisie, l'Egypte et le Niger. Les fonds doivent également aider ceux qui sont affectés par les violences en Libye.

 

Assez de bla-bla : des résultats.


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