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LES ENFANTS DE JACQUES VIGUIER REMARQUABLES

Publié le par Stella Vidal

Les trois enfants de Jacques et Suzanne Viguier à leur arrivée au palais de justice de Toulouse en avril 2009, lors du premier procès. Crédits photo : AFP

Les trois enfants de Jacques et Suzanne Viguier à leur arrivée au palais de justice de Toulouse en avril 2009, lors du premier procès.

Clémence, 20 ans, et ses frères jumeaux de 17 ans ont répété leur conviction de l'innocence de leur père.

Les trois enfants de Jacques Viguier, Clémence et les deux jumeaux, ressemblent à de faux triplés. Inséparables, ils forment un invincible pack de tendresse. Côte à côte sur le banc des parties civiles des assises du Tarn, ils sont emmêlés les uns aux autres. Jeudi, leur grand-père Jean, père de l'accusé, avait passé son bras parmi les leurs, comme un vieux lierre qui souderait encore plus les jeunes pousses.


Quand Clémence se présente au micro, Carole, la sœur cadette de sa mère Suzanne, disparue le 27 février 2000, vient de lancer une terrible accusation en toisant Jacques Viguier : «Tu l'as tuée, tu ne l'as pas fait exprès, dis-moi où elle est !»

Le professeur de droit, d'une voix épuisée : «Non, Carole, je ne l'ai pas tuée…

- Si ! C'est dégueulasse !»


Clémence, 20 ans, élève infirmière, a ôté la casquette qui lui donne un air de Gavroche pétillant. Elle doit se sentir un peu nue, sans le contact de ses frères. Alors elle se campe à la barre, bras croisés sur la poitrine, mains sur les hanches : elle s'étreint elle-même. «On dit qu'on est courageux, mais on n'a pas le choix. On a vécu, c'est tout» , lance-t-elle. Spontanée, magnifiquement vivante, elle décrit comment «papa», d'abord «optimiste et naïf», s'est ensuite laissé dévorer par la dépression.

«On a l'impression de ne pas avoir de père non plus» , glisse la jeune femme, qui bouleverse sans une once de sentimentalisme. Persuadée que son père est innocent, elle rappelle que, sur ses dépositions de l'époque - elle avait 9 ans -, elle affirmait que sa mère n'était pas dans son lit au matin supposé de sa disparition. Est-elle vraiment rentrée au domicile conjugal ?


Puis, vient Guillaume, 17 ans, grand ténébreux aux cheveux frisés, le litté­raire de la famille. «C'est à vous, jurés, d'avoir une conviction, à personne d'autre. Je suis énervé.» L'adolescent vise ainsi les policiers, qui ont «enquêté à l'envers» et répété ad nauseam leurs certitudes, comme si un sentiment formulé plusieurs fois se transformait en preuve. «Je me suis évidemment posé la question de la culpabilité de mon père» , poursuit-il, pour mieux convaincre qu'il a acquis rationnellement la certitude de son innocence. «Je préfère croire que maman est vivante, conclut-il. Rien ne prouve le contraire. Je ne vois pas qui pourrait m'empêcher de penser ça, et, d'ailleurs, personne ne m'en empêche.»


Et voici Nicolas, le ludion en polo rayé, lycéen en terminale S, bavard irrésistible qui rêve d'être pompier. «J'essaye de m'identifier à ma mère, je suis plein de vie, je souris tout le temps» , dit-il pour se présenter. Comme son jumeau, il s'est interrogé sur Jacques Viguier : «C'est pas possible qu'il ait fait ça, je le sais.» Il décrit un homme «qui ne sait plus se défendre» , à qui il faut dire : «Réveille-toi, c'est toi qu'on juge !», doté d'une «personnalité très, très bizarre» . Un exemple : «Il peut s'énerver pour des trucs débiles. Mais l'année dernière, j'ai eu 3 sur 20 à un bac blanc de français : il n'a rien dit ! J'attendais un minimum : même pas.»


Il évoque à présent le quotidien de sa fratrie : «On regarde les journaux, la télé, waouh ! c'est notre vie. J'allais dire que c'est pas une vie, mais si : on a une vie pas commune, c'est comme ça. On est obligés de vivre, c'est tout. On est plutôt normaux dans l'ensemble, même si c'est dingue de perdre sa mère et d'avoir son père accusé de tout.»

 

«Vous réussirez votre vie» 

Il s'est infligé des heures et des heures d'écoutes téléphoniques : «Je bondissais au plafond avec mon MP3 sur les oreilles quand j'entendais Olivier (Durandet, amant de Suzanne Viguier, ndlr) parler de nous en disant : “Les enfants de Jacques, il faudrait qu'ils aillent mal pour qu'il aille mal aussi et qu'il craque.”» Comme Clémence et Nicolas, le futur pompier a un mot pour ses tantes, Carole et Hélène, qui accablent leur père : ils ne leur en veulent pas, car «c'est difficile, de vivre dans l'incertitude». On repense au grand-père qui, il y a quelques jours, citait Topaze à cette barre : «Je te condamne à l'incertitude.»


Le trio est à nouveau emmêlé sur son banc. Il a libéré une parole que, chez les Viguier, on a l'habitude de retenir. Clémence, Guillaume et Nicolas ont montré que l'accusé insondable est aussi un «papa» aimant. Il serait absurde de les réduire au rôle de meilleurs avocats du professeur de droit. Ils sont beaucoup plus que cela. Avant que Guillaume ne quitte le micro, le président Richiardi lui a lancé quatre mots qui valent pour les trois jeunes gens et qui, dans la bouche du président de la cour d'assises qui juge leur père, constitue une belle promesse : «Vous réussirez votre vie.»

 

(d'après lefigaro.fr)


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