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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

LA FRANCE DES ASSISTES


Laurent Wauquiez a soutenu la création du RSA il y a tout juste deux ans, alors qu'il était ministre de l'Emploi. Aujourd'hui, il veut y ajouter une contrepartie : 5 heures de service social par semaine. (Nicolas Krief/AFP)
Laurent Wauquiez a soutenu la création du RSA il y a tout juste deux ans, alors qu'il était ministre de l'Emploi. Aujourd'hui, il veut y ajouter une contrepartie : 5 heures de service social par semaine. (Nicolas Krief/AFP)

Faire travailler gratuitement les allocataires du RSA : l'idée choc de Laurent Wauquiez a enthousiasmé l'opinion, lasse de déverser toujours plus d'argent dans le puits sans fond de la solidarité nationale. Pris de vitesse, l'UMP et le gouvernement l'ont désormais compris : la lutte contre l'assistanat sera au coeur de la campagne de 2012.

On les surnomme parfois «les canapés». Dans le milieu de l'insertion professionnelle, on connaît bien ces demandeurs d'emploi qui ne demandent plus grand-chose, sinon de rester chez eux devant la télévision. Le travail n'est plus qu'un vieux souvenir. Leur univers se résume à un gros sofa face à un immense écran plat qui ronronne en permanence pour meubler la solitude. Un jour, à bout de nerfs, le patron d'une mission locale d'insertion a lancé à l'un d'eux : «Ce n'est pas le RMI que je vais vous supprimer, c'est le canapé!»

 

Depuis, le RMI a été remplacé par le RSA, mais« les canapés » sont toujours là, aussi nombreux qu'avant. Peut-être plus nombreux même, disent ceux qui, à l'instar de Laurent Wauquiez, voudraient bien les envoyer travailler gratuitement quelques heures par semaine. Histoire d'offrir une «contrepartie» à la collectivité. Pour les obliger aussi, tout simplement, à se lever de leur canapé.


Provisoirement éclipsé par le «sex scandal» DSK, le débat est parti début mai avec une vigueur qui a surpris tout le monde, à commencer par Wauquiez lui-même, qui s'est défendu d'un «j'ai dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas».

Pouvoir cumuler tellement de minimas sociaux qu'on n'a pas intérêt à aller travailler pose «un problème» et il n'est pas anormal de demander «un geste de contrepartie» à ceux qui vivent de la solidarité nationale. Voilà pour le fond. Pour le reste, le brillant jeune homme de la droite française (député à 29 ans, ministre en 2007, à 32 ans), héritier politique de Jacques Barrot et animateur d'un courant «social» au sein de l'UMP, ne nous avait guère habitués à des sorties au canon du genre «l'assistanat est le cancer de notre société».

L'opinion a applaudi des deux mains - selon un sondage (1), 70 % des Français soutiennent sa proposition -, mais Wauquiez a plongé l'UMP dans l'embarras. «Propos de comptoir», «beaufitude», dixit Roselyne Bachelot qui aurait mieux fait de se taire (les « beaufs » apprécieront)... «Heureusement que son club s'appelle la Droite sociale, sinon qu'est-ce que ce serait!» grince un cacique de l'UMP, qui sait trop qu'il est politiquement dangereux de soulever des questions que l'on n'est pas sûr de savoir régler (le fantôme de l'identité nationale rôde encore).

Un véritable boulet pour les finances publiques

Et puis, le RSA n'est-il pas une création de la droite, soutenue par le même Wauquiez, alors ministre chargé de l'Emploi? Ce dispositif n'était-il pas censé, justement, remédier à tous les défauts du RMI? «Pourquoi se renier?», demande, incrédule, le père du RSA, Martin Hirsch. Seulement voilà, deux ans après son lancement, le Revenu de solidarité active n'a pas rempli son contrat.

Sur ses 1,8 million de foyers bénéficiaires, seule une minorité (600.000) touche le RSA dit «activité», celui qui vient en complément d'un revenu du travail. Or, c'est ce mécanisme qui est censé aider au retour vers l'emploi. Tous les autres bénéficiaires touchent le RSA «socle», l'équivalent du bon vieux RMI.


Pis, le RSA est devenu un boulet pour les finances publiques : son coût pourrait dépasser les 10 milliards d'euros cette année, alors que Hirsch avait promis qu'il se situerait entre 6 et 8 milliards «en vitesse de croisière». S'il coûte si cher, c'est que le RSA accompagne plus longtemps les travailleurs précaires: on peut bénéficier d'un complément de RSA jusqu'à 2755 euros de revenus mensuels.


A ce surcoût s'ajoute le poids des aides sociales dites «connexes», aussi nombreuses que variées. «Il existe, par exemple, 11sortes de prestations familiales légales obéissant toutes à des conditions d'ouverture et de ressources différentes, sans compter la liste incalculable des aides locales!» note Bertrand Nouel, expert à l'Ifrap, un think-tank libéral.


Car les collectivités locales sont fort généreuses: gratuité des transports et de la cantine, abattements pour la crèche ou le centre aéré, etc. Les conseils généraux accordent en moyenne 16 aides différentes, selon un rapport sénatorial. Quant aux communes, elles distribuent des sommes certes modestes (souvent inférieures à 200 € par an), mais de toutes sortes : pas moins de 52 allocations pour la ville d'Elbeuf, en Seine-Maritime ! Parmi ses 85 prestations sociales, la Mairie de Paris subventionne la coiffure à domicile...


Résultat, les collectivités croulent sous les dépenses sociales (dans les départements, celles-ci accaparent souvent les deux tiers du budget de fonctionnement !). Et la dérive s'accélère depuis deux ans. La faute à la crise, certes, mais aussi au fait que ces aides locales sont accordées sous condition de statut, et non pas de revenus. Or, le dispositif du RSA est plus large que celui du RMI. «Il n'est pas surprenant qu'un tel système puisse exaspérer les Français disposant presque exclusivement de revenus moyens provenant de leur travail», souligne Bertrand Nouel.


En outre, ces aides «connexes» atténuent considérablement la portée du RSA comme outil de lutte contre l'assistanat. Martin Hirsch en est bien conscient, lui qui avait protesté lorsque la Région Ile-de-France avait accordé la gratuité des transports aux chômeurs et aux bénéficiaires du RSA. Depuis, Jean-Paul Huchon a amendé son dispositif.

 

Travailler gratuitement pour la collectivité? Pierre Lang, député UMP de Moselle et maire de Freyming-Merlebach, va encore plus loin que Laurent Wauquiez. Il propose que les titulaires du RSA et les chômeurs de longue durée effectuent 15 à 20 heures par semaine de travaux gracieux pour leur commune: débroussaillage, gardiennage, etc. Son objectif: «Lutter contre la déprime et l'enfermement des chômeurs de longue durée.(... )Il ne s'agit pas d'une sanction, mais d'aider ceux qui commencent à baisser les bras à reprendre confiance en eux», justifie l'élu, qui assure avoir le soutien massif de ses administrés et de plusieurs collègues de l'UMP ayant cosigné sa proposition de loi.

 

A ceux qui lui rétorquent que ce travail gratuit chasse des emplois rémunérés, il répond qu'il ne s'agit que de couvrir «des besoins non marchands qui ne sont pas satisfaits aujourd'hui par les communes, faute d'argent».

 

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