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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

INTERVIEW DE CARLA BRUNI DU FIGARO DE CE JOUR 27/03/13

 

Carla Bruni, le 21 mars à Berlin.
Carla Bruni, le 21 mars à Berlin. Crédits photo : BRITTA PEDERSEN/AFP Share

INTERVIEW - Quelques jours avant la sortie de son nouvel album, Little French Songs, conversation à bâtons rompus avec une chanteuse pas comme les autres.

Un grand hôtel dans le XVIe arrondissement de Paris. Chaleureuse, affable et souriante, l'ex-première dame est visiblement heureuse de pouvoir parler de son quatrième disque. Un cru à la fois mélancolique et léger. Bref, très français.


Votre nouvel album ressemble assez à votre premier disque, en 2002. Votre inspiration actuelle est-elle celle de l'époque?

 

Je ne suis pas la même personne qu'il y a dix ans, mais j'ai retrouvé le côté ludique qui était déjà présent sur mon premier album. C'est venu assez joyeusement et surtout, facilement. L'écriture, c'est toujours un peu solitaire, un peu suspendu. Avant de faire écouter mes chansons aux autres, je prends du temps. Je ne sais pas comment font les autres, mais moi je tripatouille, je réécris. Mais je dois dire qu'il y avait un truc un peu tranquille dans l'écriture de l'album.


A-t-il été long à réaliser?

Éparpillé plus que long. J'ai écrit, puis j'ai enregistré en février 2011 avec Bénédicte Schmidt (qui a collaboré notamment avec Benjamlin Biolay, Jane Birkin, Jean-Louis Aubert, Camille ou Françoise Hardy, ndlr). Ensuite, je me suis arrêtée et j'ai recommencé les voix en septembre 2012. Là, je suis retournée dans le cœur de l'album. Mais il y a eu de longues parenthèses. D'habitude, on écrit, on compose, on mixe et on sort le disque. J'ai eu le bébé. Ça happe énormément, c'est très difficile pendant. Mes derniers mois de grossesse et les premiers mois de la vie du bébé m'ont pris très fortement. Ça a été merveilleux d'ailleurs, mais ça a fait une interférence assez prodigieuse avec la musique.


Vous avez travaillé avec la même équipe de réalisateurs et de musiciens. N'aviez-vous pas envie de changer de son ?

Ce que j'aime déconstruire, c'est autre chose. L'évolution pour moi, n'est que dans la composition et l'écriture. J'avais envie de la délicatesse et de la finesse de Bénédicte comme un habillage. J'aime beaucoup sa personnalité et sa musicalité. J'avais travaillé avec son homme sur l'album précédent, je suis proche d'elle. Elle est très sensible pour le son. J'ai une certaine fidélité à un style. Je suis très classique. Peut-être changerai-je un jour de son mais je n'en ai pas encore besoin.


Le titre de l'album -Little French Songs - est un hommage à la chanson française ou une manière de vous inscrire dans une filiation?

Je voulais rendre hommage. Je dis Little French mais Douce France est une grande chanson française. Et les gens dont je parle, comme Brel, ont fait de grandes chansons puissantes, elles nous emportent avec leur grande incandescence. La langue est très lyrique, qui permet des envolées très puissantes. Je pense à Ferrat, à Ferré


La moitié des chansons appartient à un registre mélancolique et nostalgique ; l'autre est plus légère, sur un ton presque gouailleur, qu'on ne vous connaissait pas.

Ça, c'est bien français. C'est inspiré par tout un tas de chansons gouailleuses que j'ai écoutées et réécoutées. Comme La Goualante du pauvre Jean. C'est très classique. Il n'y a qu'ici qu'on imagine la fille dans la rue en train d'entonner (elle se met à chanter): «Écoutez bien braves gens, la goualante du pauvre Jean, que les femmes n'aimaient pas…» Cette manière de s'exprimer simplement, avec des mots d'argot est incroyablement inspirante.


Ce registre est-il aussi naturel pour vous?

Presque plus, même. Je n'ose pas encore aller dans les jeux de mots absolus mais j'adore ça, Tout est au duc, de Trenet, ou Ta Katie t'a quitté, de Boby Lapointe. Ce mélange de syllabes toniques et de syllabes plus molles, plus vocales. La langue française, qu'on dit monocorde, est très joueuse. Mon fantasme est de ne faire que des chansons comme ça: directes, petites, courtes et qui disent quelque chose. Que ce soit drôle ou furieux. Il y a un certain panache dans la drôlerie. Une certaine liberté. C'est un plaisir de rentrer dans des textes malicieux.


Cela vous a-t-il manqué de ne pas parler de musique?

J'étais impatiente de le faire mais je me sens assez vulnérable. Essayez de vous mettre à ma place. Je sais que c'est difficile…


Est-ce votre état d'esprit, la vulnérabilité ?

Non, c'est mon sentiment. Parce que la notoriété est ambivalente. D'un côté, elle fait culpabiliser, on se dit qu'il y a un tas de génies à qui on ne s'intéresse pas. De l'autre, on se dit: «C'est quand même un honneur de me parler de ma musique.» Ma vulnérabilité est plutôt reliée à tout le reste, à toutes les interférences.


Pensez-vous que ceux qui vous rencontrent à l'occasion de ce disque ne le font pas tous pour parler de musique ?

Ah, non! Ce sont tous des mélomanes, des critiques musicaux. Je vois bien comment ils parlent de la musique des autres. Certains articles donnent une envie folle d'écouter des choses. Borges disait: «Une interview doit être la prolongation de son art.» Il faut absolument être inspiré, en interview. Ce n'est pas si simple… J'appréhende un petit peu, mais pas tant que ça.


L'expérience des cinq dernières années influence-t-elle votre rapport aux autres?

Dans l'exercice de la musique, pas trop. Dans les relations humaines, non plus. Mais ça altère les rapports que certains ont avec moi.


Vous étiez impatiente de pouvoir remonter sur scène. Vous allez le faire à l'automne. C'était un besoin urgent?

C'est surtout redevenu possible. Je ne suis pas une bête de scène effrénée. On ne sort pas de mes concerts tout bouleversé. Mais un jour, j'ai découpé la petite annonce suivante, dans un journal: «Trianon, concert de Carla Bruni. Vous portiez une écharpe rouge. On s'est croisés au bar. Appelez-moi au 06…» L'idée que des personnes puissent tomber amoureuses à mon concert, c'est merveilleux. Vous vous rendez compte?


Vous avez un répertoire plus conséquent

Je commence à avoir de la matière, avec quatre albums, maintenant. À l'époque de Quelqu'un m'a dit, je n'avais que 34 minutes de musique à proposer. Alors, je faisais des reprises de Bessie Smith, des Stones, de Brassens, ou Lucio Batisti. Mais là, je peux enfin imaginer un tour de chant français. C'est fabuleux.


Vous n'avez jamais chanté en public depuis 2008?

Une seule fois. À New York, en 2009, pour l'anniversaire de Mandela. J'ai chanté Blowin' in the Wind, de Bob Dylan, avec Dave Stewart.


Votre vie a-t-elle été irrémédiablement affectée par les dernières années?

Elle a été enchantée par mon amour, ma rencontre avec cet homme. Irrémédiablement, j'espère. Le reste de la vie est plus affecté par les événements graves: mort, maladie, désastres… Elle n'est pas très affectée par l'impact de la vie publique.


Le Pingouin, c'est François Hollande, n'est-ce pas?

Le Pingouin n'a pas de visage. À chacun le sien. Moi, j'en ai des centaines de milliers, et ils sont tous dans la chanson. Je refuse de me soumettre à l'identification de mon inspiration. Je trouve ça grossier. La chanson est un peu agressive, parce que c'est une réponse à chaque agression à laquelle je n'ai pas su répondre. J'ai une existence privilégiée mais je trouve que la vie est assez féroce. Alors, les pingouins, c'est trop.


Avez-vous constaté un changement d'attitude de la part d'une frange de la critique, dont vous étiez la coqueluche?

Oui. Ce sont des gens qui ont considéré que je n'appartenais plus à leur famille. Je trouve ça assez normal. Il y a aussi des gens pas politisés, qui n'ont pas fait de différence. Ils sont plus sensibles à la chanson, à la musique et à la personne qui fait de la musique. Je pense que ce changement d'attitude est le fait de ceux qui sont profondément militants. Ceux-là m'ont vue comme l'épouse d'un homme politique avant d'être une chanteuse. Je ne crois pas faire partie des élites, ni de l'establishment. Je ne me sens pas dans une catégorie. Je préfère être hors catégorie. C'est plus marrant et plus transgressif.


Gérard Depardieu trouve la France triste. Et vous?

Les temps sont tristes, pas la France. L'époque est difficile, un peu sans espoir. La France est un pays qui m'émeut, avec une identité très forte, avec une culture très forte. J'ai essayé de le représenter, de mon mieux. C'était un grand honneur. Ce n'est pas rien d'essayer de représenter la France. C'était un challenge.


Quitter l'élysée a-t-il été un soulagement?

Non, un apaisement.

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