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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

MARSEILLE, UNE VILLE A VISITER AVEC LE COEUR OUVERT


Marseille est la plus vieille ville de France. Mais celle aussi qui a le moins conservé de traces archéologiques de son passé (« Ville antique sans monument », écrit Victor Hugo). C'est la plus grande ville de l'Hexagone (après Paris, bien sûr), avec 800 000 habitants. Mais elle achève à peine de se dépeupler quand la plupart des autres villes françaises continuent d'attirer des habitants.

C'est la ville la plus cosmopolite et celle où le taux de chômage est le plus important de France. Mais  pourtant, les quartiers « défavorisés » ne se sont jamais embrasés. Dans l'imaginaire collectif des Français, son nom est associé à Mafia, truands et brigands. Mais les statistiques du ministère de l'Intérieur ne la placent qu'en septième position pour la criminalité. Marseille, pour tout dire, est la ville de tous les paradoxes :


Le tout premier est géographique. Le malheureux voyageur arrivé sur le Vieux-Port pense regarder vers le sud lorsqu'il dirige ses yeux vers le large. Forcément, il imaginera l'Afrique et ses mystères, loin là-bas, derrière le château d'If et les îles du Frioul, qui émergent dans la rade. En fait, dans cette position, il regardera... plein ouest et, s'il suivait cette direction en bateau, il débarquerait à... Perpignan.

Marseille, on l'oublie trop souvent, s'étire en effet du nord au sud dans la partie la plus orientale du golfe du Lion.


Notre voyageur se dirait aussi que les quartiers riches sont au bord de l'eau - comme à Nice -, alors que les quartiers pauvres sont au pied de ces collines escarpées où le vert des arbustes de romarin, des genévriers et des chênes rampants lutte pied à pied avec le gris clair de la roche. Eh bien, non ! La mer est ici la chose du monde la mieux partagée. Les quartiers nord - les secteurs déshérités de la ville - offrent le même somptueux littoral que les quartiers sud, plus riches.


Une cité en partage

Car, à l'inverse des autres villes de France, ici, les riches n'ont pas exclu les pauvres. Les « banlieues » sont dans la ville. Nombre de cadres moyens et supérieurs ont déserté la ville-centre pour habiter dans les banlieues cossues - ce qui explique en partie la faiblesse des ressources financières des municipalités successives. Et les cités HLM font partie intégrante de Marseille. C'est une des explications essentielles du fort sentiment identitaire attaché à cette ville - cimenté en outre par l'OM.

Et si ces grands ensembles constituent des ghettos, ce sont des ghettos sociaux, pas ethniques. Parce qu'elles ont été successives, les vagues d'immigration (italienne à partir de 1880, arménienne après 1915, maghrébine depuis les années 30, africaine et asiatique après la décolonisation, pied-noire après 1962, comorienne dans les années 70) ont ventilé les immigrés dans toute la cité.


La ville est en partage. Le centre (une partie paupérisée, une partie bourgeoise) appartient à tout le monde, aux pauvres comme aux riches. Le samedi, c'est toute la jeunesse de Marseille, de toutes les conditions sociales, qui se donne rendez-vous devant les vitrines des magasins. Et, le dimanche, les plages artificielles du Prado, près des quartiers chics de la ville, attirent des milliers de promeneurs qui viennent des quartiers pauvres. Ce sont les populations aisées qui, elles, auraient tendance à se sentir exclues. D'ailleurs, elles s'exilent, ces jours-là, vers les plages les plus huppées du Var.

Notre voyageur qui a perdu le nord en perd aussi son latin. Il s'attend ici à se trouver dans une ville italienne. Comme Naples ou Milan. Il va en fait se retrouver dans une ville grecque qui a le goût de la tragédie.


Et Pagnol ? Il est de bon ton de décrier - à Paris - l'auteur de la trilogie. Pagnol a filmé les Marseillais tels qu'ils sont, mais aussi tels qu'ils souhaiteraient être. Personne n'a jamais stoppé un tramway pour pouvoir terminer une partie de pétanque. Mais quel Marseillais ne rêverait de le faire ? Les Marseillais et les autres spectateurs ne voient pas la même chose quand ils regardent les mêmes films. De Pagnol la France a retenu le « tu me fends le coeur » de la célèbre « partie de cartes ». Mais elle a oublié la pudeur du « boulanger » qui s'adresse à Pomponnette, sa chatte, et non à sa femme, pour lui expliquer tout le mal qu'elle lui a fait en le quittant. Un moment d'anthologie, un passage que j'adore et ne me lasse pas de voir et revoir.


Car ici on parle beaucoup et les mains viennent appuyer les mots. Mais on ne parle pas de tout. On parle de ce qui est vital (l'OM) et de ce qui est accessoire (la politique). Mais on ne parle pas de ce qui est intime. Si on dit d'une personne qu'elle est « malade », c'est que ce n'est pas grave. Mais d'un vieillard en fin de vie on dira qu'il est « fatigué » et le mot vaudra comme descriptif des affres de l'agonie. Chaque mot a une signification particulière, parfois détournée, imagé comme personne d'autre ne le fait en France. Ici, le langage est naturel et poétique, même s'il est rythmé par quelques jurons.


Marseille, une ville méditerranéenne, qui mérite d'être vue, avec les yeux de la tolérance, et le cœur ouvert aux mille différences. Alors allez-y, et comme moi, vous aimerez.



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