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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

L'ABSENCE ET L'ISOLEMENT, VERLAINE ET LAMARTINE

2 poèmes que j'adore (des valeurs sûres - Verlaine et Lamartine) qui évoquent l'absence et que je dédie à une personne en particulier qui se reconnaîtra en venant chez moi, ainsi qu'à tous mes lecteurs pour le plaisir de la belle écriture.

Extrait de La bonne chanson, l'Absence de Verlaine


 Quinze longs jours encore et plus de six semaines 
 Déjà ! Certes, parmi les angoisses humaines 
 La plus dolente angoisse est celle d'être loin. 
   
 On s'écrit, on se dit comme on s'aime ; on a soin 
 D'évoquer chaque jour la voix, les yeux, le geste 
 De l'être en qui l'on mit son bonheur, et l'on reste 
 Des heures à causer tout seul avec l'absent. 
 Mais tout ce que l'on pense et tout ce que l'on sent, 
 Et tout ce dont on parle avec l'absent, persiste 
 À demeurer blafard et fidèlement triste. 
   
 Oh ! l'absence ! le moins clément de tous les maux ! 
 Se consoler avec des phrases et des mots, 
 Puiser dans l'infini morose des pensées 
 De quoi vous rafraîchir, espérances lassées, 
 Et n'en rien remonter que de fade et d'amer ! 
 Puis voici, pénétrant et froid comme le fer, 
 Plus rapide que les oiseaux et que les balles 
 Et que le vent du sud en mer et ses rafales 
 Et portant sur sa pointe aiguë un fin poison, 
 Voici venir, pareil aux flèches, le soupçon 
 Décoché par le Doute impur et lamentable. 
   
 Est-ce bien vrai ? Tandis qu'accoudé sur ma table 
 Je lis sa lettre avec des larmes dans les yeux, 
 Sa lettre, où s'étale un aveu délicieux, 
 N'est-elle pas alors distraite en d'autres choses ? 
 Qui sait ? Pendant qu'ici pour moi lents et moroses 
 Coulent les jours, ainsi qu'un fleuve au bord flétri, 
 Peut-être que sa lèvre innocente a souri ? 
 Peut-être qu'elle est très joyeuse et qu'elle oublie ? 
 Et je relis sa lettre avec mélancolie.

L'isolement, poème de Lamartine

Souvent sur la montagne, à l'ombre du vieux chêne,
Au coucher du soleil, tristement je m'assieds ;
Je promène au hasard mes regards sur la plaine,
Dont le tableau changeant se déroule à mes pieds.

Ici gronde le fleuve aux vagues écumantes ;
Il serpente, et s'enfonce en un lointain obscur ;
Là le lac immobile étend ses eaux dormantes
Où l'étoile du soir se lève dans l'azur.

Au sommet de ces monts couronnés de bois sombres,
Le crépuscule encor jette un dernier rayon ;
Et le char vaporeux de la reine des ombres
Monte, et blanchit déjà les bords de l'horizon.

Cependant, s'élançant de la flèche gothique,
Un son religieux se répand dans les airs :
Le voyageur s'arrête, et la cloche rustique
Aux derniers bruits du jour mêle de saints concerts.

Mais à ces doux tableaux mon âme indifférente
N'éprouve devant eux ni charme ni transports ;
Je contemple la terre ainsi qu'une ombre errante
Le soleil des vivants n'échauffe plus les morts.

De colline en colline en vain portant ma vue,
Du sud à l'aquilon, de l'aurore au couchant,
Je parcours tous les points de l'immense étendue,
Et je dis : " Nulle part le bonheur ne m'attend. "

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières,
Vains objets dont pour moi le charme est envolé ?
Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères,
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !

Que le tour du soleil ou commence ou s'achève,
D'un oeil indifférent je le suis dans son cours ;
En un ciel sombre ou pur qu'il se couche ou se lève,
Qu'importe le soleil ? je n'attends rien des jours.


Alphonse de Lamartine (publié en 1820)



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