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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

ISRAEL VOTE AUJOURD'HUI

Les Israéliens en quête
d'un nouvel homme fort

  Adrien Jaulmes (correspondant à Jérusalem pour lefigaro)
Deux des principaux candidats, Nétanyahou et Barak, ont déjà été premier ministre dans les années 1990.
Deux des principaux candidats, Nétanyahou et Barak, ont déjà été premier ministre dans les années 1990. Crédits photo : AP

Les Israéliens désignent mardi leurs députés, dans un paysage politique dont le centre de gravité a nettement glissé vers la droite.

Cinq millions d'Israéliens se rendent mardi aux urnes pour élire les 160 membres de la Knesset, l'Assemblée nationale. Ce scrutin anticipé se déroule après une brève campagne marquée par l'opération militaire contre le Hamas à Gaza. Les principaux candidats ont surtout axé leur discours sur le thème de la sécurité de l'État. Le centre de gravité politique a nettement glissé vers la droite, et la montée du tribun populiste ­Avigdor Lieberman a été l'événement marquant de cette courte campagne électorale. «Ce sont les élections les plus à droite de l'histoire d'Israël», écrivait ce week-end l'éditorialiste vedette Nahum Barnea dans le quotidien à grand tirage Yedioth Ahronoth.


Gaza en toile de fond

Après un mandat d'Ehoud Olmert marqué par deux guerres non concluantes, l'une contre le Hezbollah au Liban-Sud en 2006, l'autre contre le Hamas à Gaza le mois dernier, et alors que le programme nucléaire iranien menace de doter pour la première fois une puissance régionale hostile de la bombe atomique, l'électorat israélien est à la recherche d'un homme fort. Mais le temps héroïque des chefs historiques, des Ben Gourion, Dayan, Rabin ou Sharon est révolu. Les électeurs, qui n'ont plus le choix qu'entre des personnalités à échelle humaine, hésitent.

Deux des principaux candidats, Nétanyahou et Barak, ont déjà été premier ministre dans les années 1990. Tous deux ont quitté leur poste avec des cotes de popularité au plus bas. Tous deux mettent pourtant l'accent sur leur expérience. La troisième, Tzipi Livni, mais n'a pas complètement réussi à effacer les doutes qui planent encore sur sa fiabilité en temps de crise. Lieberman compense quant à lui son manque d'expérience, militaire et politique, par un discours jusqu'au-boutiste anti-arabe.


Le profil le plus rassembleur

Ce souhait d'un gouvernement fort est contrarié par la grande dispersion du vote, résultat d'un scrutin proportionnel à un tour dans une société très morcelée. Trente-trois partis sont en lice, et il leur suffit de 2 % des suffrages pour avoir un siège à la Knesset. Après la publication des résultats, le président israélien, Shimon Pérès, aura une semaine pour mener des consultations et choisir la tête de liste qui, selon lui, aura le plus de chances de former une coalition. Il ne s'agit pas forcément du candidat ayant obtenu le plus de députés, mais de celui qui aura le profil le plus rassembleur dans une assemblée qui va des religieux orthodoxes et des ultranationalistes aux partis arabes et à l'extrême gauche. Dans une chambre dont un tiers est composé de ces petites formations catégorielles, la constitution d'une majorité devient un exercice de plus en plus compliqué, mettant les chefs de gouvernement à la merci de toutes les pressions et tractations. C'est l'échec de Tzipi Livni, empêchée par le Shas orthodoxe sépharade de constituer une majorité, qui a conduit à ces élections anticipées, devenues plus fréquentes que les scrutins tenus au terme normal des quatre ans de législature.

» Les portraits des principaux candidats:


(AP/Schalit)
(AP/Schalit)


• Nétanyahou, une revanche à portée de main

Ces élections devaient marquer son retour triomphal aux affaires. Battu par Ehoud Barak en 1999, éclipsé par Ariel Sharon depuis 2001, Nétanyahou tenait enfin sa revanche : donné en décembre dernier comme le grand favori du scrutin, devant des travaillistes en déroute et un Kadima affaibli, le chef du Likoud pensait n'avoir qu'à attendre le vote en intervenant le moins possible dans la campagne.

Cette tactique trop habile lui a valu l'érosion de cette avance, grignotée à droite par Lieberman, et au centre par Livni. Plus respecté qu'aimé par ses partisans, Nétanyahou a encore de grandes chances d'être le prochain premier ministre israélien. Mais la montée de Lieberman, ses promesses au Shas et la droitisation du Likoud risquent de le rendre plus dépendant que jamais de l'extrême droite, le privant de la coalition de centre droit qu'il souhaitait former, comme Sharon avant lui. Il lui restera ensuite à gérer l'écart entre ses promesses de campagne (pas de restitution du Golan, pas de négociation sur Jérusalem, et pas de retrait de Cisjordanie), qui lui auront permis de satisfaire ses électeurs, mais le mettront, s'il remporte demain les élections, dans une position délicate vis-à-vis des États-Unis, qui se sont prononcés en faveur de ces solutions. Même si les avancées diplomatiques israéliennes ont pratiquement toutes été initiées par la droite, Nétanyahou se retrouvera comme en 1996-1998 sous la surveillance étroite de ses alliés. Et à la merci de leur défection.


(AP/Todras-Whitehill)
(AP/Todras-Whitehill)


• Tzipi Livni, l'étoffe d'une vraie dirigeante

Elle croit en son destin. Opiniâtre, inépuisable, ignorant les sondages défavorables, Tzipi Livni a martelé pendant une campagne énergique qu'elle seule avait pour Israël un projet, une vision. La création d'un État palestinien est selon elle une urgence vitale, la seule solution pour maintenir un état juif et démocratique entre la Méditerranée et le Jourdain, alors que la poursuite de l'occupation des territoires palestiniens est porteuse de malheurs futurs pour Israël.

Livni est pourtant loin d'être pacifiste ou d'avoir embrassé la cause palestinienne. Comme son mentor Ariel Sharon, dans le sillage duquel elle a commencé sa carrière voici moins de dix ans, et dont elle fut une proche conseillère, elle est un mélange de dureté et de pragmatisme. Issue d'une famille radicale de la droite révisionniste, ministre des Affaires étrangères comme Golda Meir avant elle, Tzipi Livni pensait naturellement succéder à Ehoud Olmert, premier ministre démissionnaire après avoir été mis en cause dans des affaires de corruption.

Elle a appris à ses dépens qu'en Israël comme ailleurs le pouvoir se conquiert et ne s'hérite pas. Face à des insinuations sur son caractère emporté, son manque d'expérience, malgré le handicap d'être une femme dans une culture politique dominée par un ethos martial et viril, Livni n'a pas baissé les bras, et est parvenue à combler en partie l'écart qui la séparait de Nétanyahou. Quel que soit le résultat mercredi matin, elle aura ainsi montré qu'elle n'était pas qu'une héritière, et avait l'étoffe d'un vrai chef politique national.



Crédits photo : AP


• Ehoud Barak, sauveur du parti travailliste

Les bons militaires ne font pas forcément de bons politiciens. Ehoud Barak, officier le plus décoré de l'armée israélienne, a joué tout au long de la campagne de son pedigree impeccable en matière de défense. Ancien chef d'état-major, figure mythique du commando d'élite Sayeret Matkal, il n'est pourtant jamais parvenu à jouer de ce brillant passé militaire, comme Moshe Dayan, Yitzhak Rabin ou Ariel Sharon avant lui, pour devenir comme eux une figure emblématique nationale.

Esprit fin, doté d'une grande capacité d'organisation, Barak a cependant une personnalité complexe, parfois un peu vaine, qui le rend difficile à cerner. Personne ne conteste en revanche ses qualités militaires. Ministre de la Défense respecté, il a de grandes chances de conserver son poste dans le prochain gouvernement, qu'il soit dirigé par Nétanyahou ou par Livni. Son sang-froid et son efficacité pendant l'opération contre le Hamas à Gaza, très populaire en Israël, lui ont permis de redresser la chute historique du parti travailliste dans les sondages, crédité en décembre dernier de moins de dix sièges. Mais, à la différence de Nétanyahou, qui fut son subordonné dans les commandos et son adversaire malheureux en 1999, Barak n'a pas réussi à convaincre les Israéliens de lui accorder une seconde chance en tant que premier ministre. Un retrait unilatéral du Sud-Liban aux conséquences fâcheuses, l'échec du processus d'Oslo et le début de la seconde Intifada, reste dans les mémoires attaché au bref passage de Barak à la tête du gouvernement.


(AP/Abayov)
(AP/Abayov)


• Avigdor Lieberman, une percée annoncée

Avigdor Lieberman savoure son triomphe. Longtemps considéré comme un extrémiste infréquentable dans la politique israélienne, immigrant d'ex-URSS méprisé par l'establishment ashkénaze, dénoncé par les partis religieux comme un Russe à la judéité discutable, il a été au cours des dernières semaines propulsé dans le rôle d'un personnage incontournable, que les autres candidats ménagent ou courtisent assidûment.

Son parti, Israël Beitenou (Israël notre maison), est donné par les derniers sondages comme la future troisième force politique israélienne, devant le Parti travailliste fondateur de l'État. Il sera demain, si son score se vérifie, en mesure d'exiger un poste ministériel important quel que soit le vainqueur.

Sans grand charisme, un physique plutôt quelconque, Lieberman a réussi par son franc-parler provocateur à rassembler largement au-delà de sa clientèle russe traditionnelle. « Il sait parler aux Arabes », dit son slogan. À l'extérieur, comme à Gaza, où il a réclamé que le Hamas soit écrasé sous les bombes, mais surtout à l'intérieur, en exigeant un serment d'allégeance aux Arabes israéliens, Lieberman leur tient surtout le langage de la force. Si ce discours scandalise à l'étranger ou dans l'intelligentsia, il fait un malheur dans les couches populaires.

Une partie de l'extrême droite et de la droite du Likoud s'est ralliée à sa candidature. L'ancien immigrant est devenu un homme avec lequel il faut compter.


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