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Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Stella Vidal : mes coups de gueule et coups de coeur

Coups de gueule et coups de coeur sur des sujets variés, politique (j'adore!), actualité, automobile, billets d'humour, gastronomie, santé, enfants, protection animale, sport y tutti cuanti : no limit ! je vous attends.

Haziza : «On a trop longtemps fait preuve d'impunité face à l'antisémitisme des quartiers

Haziza : «On a trop longtemps fait preuve d'impunité face à l'antisémitisme des quartiers

par Frédéric Haziza le figaro.fr

FIGAROVOX/TRIBUNE - Frédéric Haziza répond à Pascal Boniface, pour qui «la France est malade du conflit israélo-palestinien» . Selon l'auteur de «Vol au-dessus d'un nid de Fachos», l'antisémitisme des banlieues prospère sous couvert d'antisionisme.

Frédéric Haziza est journaliste à Radio J et La Chaine Parlementaire. Il a publié en 2014 Vol au-dessus d'un nid de fachos (Fayard)
A une semaine d'intervalle, à Paris, à Asnières, à Sarcelles, des militants pro-palestiniens ont cru pouvoir démontrer leur solidarité avec Gaza en s'en prenant à des synagogues aux cris de «Mort aux Juifs».

Si chacun a le droit de défendre une cause, la cause qui lui semble juste, il doit le faire dans le respect de l'autre, des autres et des valeurs de la République. Ce qui s'est passé autour de ces synagogues n'a rien à voir avec le conflit israélo-palestinien. Mais c'est plutôt la preuve comme l'a constaté le Premier ministre Manuel Valls le 20 juillet que l'antisémitisme «se répand dans nos quartiers populaires, auprès d'une jeunesse souvent sans repères, sans conscience de l'histoire qui cache sa «haine du Juif» derrière un antisionisme de façade et derrière la haine de l'Etat d'Israël.

Pourquoi certains s'acharnent-ils donc à faire le tri entre le bon et le mauvais antisémitisme? L'antisémitisme n'est pas une forme de cholestérol: c'est un délit puni par la loi.

Pourquoi certains s'acharnent-ils donc à faire le tri entre le bon et le mauvais antisémitisme ? L'antisémitisme n'est pas une forme de cholestérol : c'est un délit puni par la loi.

Qu'aurait-on dit si de tels actes, si des attaques de synagogues, si des commerces appartenant à des juifs, avaient été les cibles de militants d'extrême-droite? C'est très simple: ils auraient été dénoncés avec force par la gauche, la droite, le centre, la société civile, le monde intellectuel et médiatique. Mais curieusement, s'agissant de «l'antisémitisme issu de nos quartiers populaires» pour reprendre l'expression du Premier ministre, il y a comme une gêne.

Il y a depuis trop longtemps une impunité face à cet antisémitisme des quartiers. Depuis des années, on éprouve des scrupules à le mettre en cause, à le dénoncer, à le combattre. Du coup, il en acquiert une certaine légitimité et il prospère du fait de l'omerta des pseudo intellectuels.

Il suffit pourtant, de surfer quelques instants sur le net et les réseaux sociaux pour constater que l'antisémitisme, y est omniprésent. On l'affiche la haine du Juif aucune retenue, sans aucune censure, avec déléctation.

Il suffit aussi de relire «Les Territoires perdus de la République» (publié en 2002 par Emmanuel Brenner aux Editions Mille et une Nuits), pour réaliser que depuis près d'une quinzaine d'années les professeurs de ces quartiers dits sensibles alertaient déjà sur les dérives antisémites perceptibles dans certaines de leurs classes. A l'époque, la gauche bien pensante et, bien entendu, très «morale», très comme il faut, avait fustigé l'ouvrage reprochant à l'auteur de pas avoir assez insisté sur le racisme anti-arabe et anti-noir, de ne pas être suffisamment équilibré, et pourquoi pas trop «sioniste». A la manière de Dominique Vidal, qui dans le Monde diplomatique (mai 2003) reprochait à Brenner de s'être «concentré sur l'antisémitisme, allant jusqu'à en rendre responsables... les enseignants de gauche!» «Le combat contre la judéophobie, ajoutait-il, n'a évidemment rien à gagner à se voir coupé de la bataille contre les autres manifestations du racisme». Cette gauche ne voulait pas entendre ce discours. Erreur de jugement? Non faute impardonnable et coupable.

Il suffit pourtant, de surfer quelques instants sur le net et les réseaux sociaux pour constater que l'antisémitisme, y est omniprésent

C'est pourquoi la thèse de Pascal Boniface (voir son interview dans FigaroVox: «Critiquer la politique d'Israël, ce n'est pas être antisémite») ne tient pas: ce n'est pas «la France qui est malade du conflit israélo-palestinien.» Ce sont plutôt quelques malades qui jouent depuis des années aux apprentis sorciers avec ce conflit. Des apprentis sorciers qui s'acharnent à entretenir une confusion entre la situation au Proche Orient avec ce qui se passe en France. Pour eux, dès lors qu'il exprime de la compassion, sa proximité, son attachement à Israël, le Juif devient un dangereux «sioniste». C'est-à-dire une cible à traquer, à discréditer voire à menacer sur le net et les réseaux sociaux. Pire même, il se trouve un certain nombre de grands esprits, d'immenses experts, de puissants intellectuels, pour laisser entendre que ce sont les Juifs qui créent l'antisémitisme. La faute à leur trop grande présence dans les médias, dans les secteurs clés de l'économie, de la Finance, dans les cercles du pouvoir. De vieux clichés antisémites qui renaissent de nos cendres depuis le début des années 2000 dans l'indifférence quasi-générale. Il ne fallait rien dire qui aurait pu heurter les «jeunes issus de l'immigration». Le déni n'a pourtant jamais été la solution pour régler un problème. C'est ainsi en tout cas que l'on a laissé prospérer les militants de la haine, du négationnisme, de la concurrence victimaire et des mémoires. C'est ainsi qu'Alain Soral et que Dieudonné M'Bala M'Bala ont envahi le net. La Toile est devenue leur arme. Soral qui se définit comme «national-socialiste» donc nazi a même réussi à faire la jonction entre les «fachos», les islamistes et une partie de l'extrême-gauche obnubilée par le combat antisioniste qui les conduit à un antisémitisme pur et dur.

Le tandem Soral - Dieudonné a contaminé cette jeunesse en perte de repères

Dans une vidéo postée le 5 mai 2012, Soral prenait d'ailleurs date: «j'aimerais bien voir le jour où ça va péter dans la rue, comment ils vont se comporter. Là je vais rigoler. Parce que moi, je suis déjà prêt. Pas eux». 17 septembre 2013, autre vidéo du même personnage Soral est ce jour-là encore plus explicite: «On voit donc que la mascarade de la victimisation, de mépris, d'illégitimité a atteint un tel niveau de grotesque qu'il va falloir à un moment donné que les choses changent. Pour l'instant, on fait changer par la pédagogie et l'humour, j'espère que cela suffira, je travaille en sorte que cela suffise. Mais sinon, inch' Allah, alea jacta est». Et pour être bien clair, il met en cause un peu plus loin, ce qu'il appelle «la domination sioniste sur la France» et les «élites talmudo-sionistes» fortes du «pouvoir de l'argent». Il ne faut pas s'étonner si quelques mois après la diffusion de ces vidéos, des «hordes acharnées», pour reprendre l'expression du Président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone trouvent légitime d'attaquer des synagogues ou des commerces tenus par des Juifs aux cris de «Mort aux Juifs». L'objectif de Soral à Dieudonné est clair: faire des musulmans de France leurs alliés contre les Juifs. Il cherche ainsi à monter les musulmans contre les Juifs.

Le tandem Soral - Dieudonné a contaminé cette jeunesse en perte de repères. Ils l'ont faite basculer vers un antisémitisme viscéral par bien des côtés comparable à l'antijudaïsme chrétien du Moyen-Age. C'est ainsi que l'on a créé des Fofana, des Merah, des Nemmouche, que l'on a martyrisé, assassiné Ilan Halimi parce qu'il était Juif «donc riche». C'est ainsi que l'on a tué des Juifs parce qu'ils étaient Juifs. A l'école Ozar Hatorah de Toulouse, au musée Juif de Bruxelles.

Ce qui s'est passé depuis le 13 juillet à Paris, à Asnières, à Sarcelles est une ignominie. C'est un véritable traumatisme pour les Juifs de France, y compris chez ceux qui comme moi, sont des militants infatigables de la paix au Proche-Orient, de la coexistence entre deux États et de la fraternité, de l'amitié entre communautés juive et musulmane. La lutte contre l'antisémitisme, contre toute forme de racisme, est consubstantielle aux valeurs de la République. Il est dangereux de faire croire que dans notre pays, tout se résumerait à une opposition binaire entre juifs et musulmans sur fond d'importation du conflit israélo-palestinien.

La République représente justement cet élan pour vivre ensemble sans exclusive. Il est du devoir des Républicains, de le rappeler, de s'unir et de faire du retour à la cohésion sociale une «grande cause nationale».

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